Je ne suis pas revenue le lendemain. Ni le jour suivant d'ailleurs...
J'ai attendu que les commentaires s'entassent un peu. Attendu un peu d'inspiration.
Et pourtant elle était là. Cachée en dessous de mes doigts, comme si elle n'attendait que le clavier pour s'affirmer enfin.
J'ai envie de remettre la lettre à Estelle écrite il y a longtemps.
Envie aussi que mes textes reviennent. Souvent je ferme les yeux, j'essaye de visualiser les photos, les mots qui formaient des branches à travers l'écran blanc.
Envie de retrouver un peu de souvenirs qui me revenaient quand je les lisais, avec l'oeil critique que seuls peuvent avoir les auteurs, éternels insatisfaits.
Envie de retrouver Barcelone. Cette Barcelone enivrante de bruits, de lumières, d'éclats de voix.
On peut facilement planter un décor assez grossier. Les détails sont trop insaisissables et florissants pour se frayer une place, ou du moins se ranger bien droits le long du fil de mes pensées.
Des rues étroites et sinueuses, façades se profilant vers le ciel, leurs balcons s'agrippant avec peine sous le poids de la verdure qui couvre leur nudité.
Des grandes rues qui les coupent, grouillantes de monde, de touristes, d'accents inconnus se frayant une place dans cette fourmilière nocturne.
Barcelone vit la nuit. Ou plutôt elle scintille.
Barcelone est comme une poupée russe. Des boites souriantes qui en renferment d'autres, plus petites, plus mystérieuses.
On prend le temps de s'y égarer, caressant du regard les pierres grises du quartier gothique.
Malgré soit on se prend au jeu de cette ville pleine de ressources, d'art et d'histoire. On fouine. Et les volutes de pierre dansant sous les arches ne semblent être là que pour satisfaire notre soif de connaissance. L'Histoire revit au rythme de nos pas et des rues qui se suivent, fantôme tout droit sorti de l'imagination...
On en oublie les semelles qui s'usent, le vent mordant, le corps qui lui aussi sature, mais d'un tout autre mal.
Une boutique. En quête de balle j'ai atterris là, dans cette rue. On ne m'avait pas dit le nom, alors j'y suis allée à l'aveuglette.
"El Ingenio" était ma seule piste.
Après une excursion dans un dédale de rues elle était mienne. Cerca de la calle Boqueria y de las Ramblas.
Près de ces grandes rues, pleine de boites à touristes et de taureau miniatures, se trouvait ce coin de paradis pommé.
On pousse la porte. Jonglage, cirque, marionettes, théâtre. Tout ici cohabite.
Les yeux vides des masques de commedia dell'arte nous observent. On touche avec les yeux puis finalement, on craque. Dans un souk s'avérant pourtant bien organisé, tout attire l'oeil.
Les gadgets intriguent. C'est un ballet de matières, de formes, de fantaisie, d'inutile.
Le parfum étonnant d'un retour en enfance qui nous arrache un sourire.
On se met à jouer, par terre, avec une toupie un peu étrange. Des pipeaux à oiseaux, des jouets anciens, des chapeaux pirates, des clowns qui pédalent passeront entre mes mains.
Je retourne au comptoir.
Je m'invente un espagnol de bas étage. Je cherche un cadeau. Ou plusieurs. Sans idée précise.
Je veux... Quelque chose de drôle. D'enfantin. De surprenant et de simple à la fois.
Un tour de magie? Une babiole? N'importe.
Un nez de clown peut-être? Pour agrandir la collection.
Et le spectacle commence. Comme une reine qui voit défiler ces prétendants, les mains sous le mentons, je regarde la caverne d'Ali Baba s'offrir à moi avec un émerveillement de gosse.
Les tours de magie s'enchaînent.
Les joker sautent de leurs boîtes pour me sauter au cou. Les livres tournent des pages, jamais les mêmes, tantôt blanches, dénuées de vie, tantôt colorées .
Magique.
Je suis restée une bonne heure dans ce magasin, un peu coupée du monde.
Comme si en poussant cette porte j'en avais découvert un autre...
Je suis sortie un paquet à la main et le sourire aux lèvres.
Description bien triste et vide en comparaison. Mots qui pour une fois ne pourront remplacer les photos qui défilent dans ma tête.
Pour une fois je regrette de ne pas avoir d'images à punaiser sur la toile.
En espérant quand même vous avoir insufflé un peu de cet atmosphère surnaturelle...
It was just... Weird.
Bien à vous.
